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    Le Magicien des Senteurs

    L’âme possède une alchimie particulière, tissée d’émotions, entourée de chairs, dominée et conduite par l’esprit. Pour l’atteindre, la toucher, il faut un langage tout aussi particulier. Unique et universel. Moi, le Musicien des Senteurs, j’en connais la grammaire. Pour percer ce mystère, le destin m’a offert deux clefs: une acuité olfactive accrue et une oreille parfaite. Par ces étroits couloirs que sont les conduits auditifs et les narines, je m’insinue dans ce labyrinthe tortueux qu’est une personnalité. Compositeur hyperosmique la scène internationale de l’under ground me baptisa The Magistic Frog. Ce nom d’artiste me fut attribué par le monde de la nuit parce que lors des performances, je porte toujours…

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    Les déconnectés

    « Nous, on veut vivre comme les anciens, la génération d’avant le net ».Coiffés et modélisés « concept 90 », on se retrouve dans la chambre des uns et des autres pour comploter notre futur. – Nos avenirs bonifient comme les vins de jadis, ai-je l’habitude de clôturer nos réunions clandestines d’adolescents post-pubères. Nous voulons bâtir un village, une communauté de déconnectés 2.0. – … des net-detox, sentence ma sœur cadette, âgée de dix ans. Enthousiastes, mais ignorants, nous interrogeons le passé. Paradoxalement, mes potes utilisent Google. Moi, je profite de mes contacts dans la résidence partagée de ma mamy. Les occupants se sont emballés pour notre vision, à tel point qu’ils en discutent…

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    H. Ivresse

    J’avais bu. Shot après shot. Une séance de shooting, comme ça, sans raison. J’ai fini sous la statue de Charles de Lorraine. Vous la connaissez pas celle-là. Normal, elle est pas touristique! Mon Charlot, il vous tourne le dos, limite s’il vous montre pas son cul de vieil aristo autrichien ! C’est pour ça que je l’aime ce géant vert. Godefroid de Bouillon, sur son dada, avec son air « C’est moi qui l’ai drapeau ! C’est moi qui l’ai drapeau !Nia nia nia nia! », pas mon truc. J’ai jamais aimé les frimeurs. Et, à dire vrai, le côté conquistador m’fait gerber. D’ailleurs, ce soir, mon estomac s’y est vidé avec empressement et satisfaction.…

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    Le Chat Bleu

    Le Chat Bleu était un chat vagabond. Il errait de par les rues des villes inconnues à sa féline géographie. Lors d’une chaude nuit d’été, par la fenêtre d’une maison de plein pied, l’énigmatique animal entra de pleine pattes dans la vie de la famille Sals. Les Sals étaient un petit modèle de foyer , pareil à ceux que l’on voyait à la télévision. Le père Sals était électronicien et travaillait dans une « boîte », comme il disait de manière dithyrambique. 20 ans plutôt, il avait épousé Adeline devenue secrétaire, officiant dans une compagnie pharmaceutique. Leur union avait donné naissance à Jessica, une adolescente intelligente et éveillée, longue comme ses cheveux…

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    Instant . . .

    – Étonnant. Je n’ai pas peur. Je devrais pourtant. Je dois être comme ce type qui saute du centième étage et qui, arrivé au 80ème, dit : « Jusqu’ici, ça va ». Le vent hurlait dans ses oreilles. Il leva les yeux. Malgré la puissance de l’air qui faisait vibrer ses joues, il contempla la beauté du ciel, bleu comme un Magritte, nuages blancs en suspension, traces d’un pinceau géant. Il se sentit comme un touriste qui admire le plafond de la chapelle Sixtine. Sa gorge lui fit mal. Il n’avait jamais autant hurlé de toute sa vie. Ni si longtemps. À présent, il appréciait le silence abyssal, froissé uniquement par la vitesse.…

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    Une fille le long du canal

    Une fille le long du canal,jupe courte, talons aiguilles, agite ses bras.Elle dit bonjour à la vie. Je n’avais plus un sous.J’ai enfilé ma robe fuseau noir, chaussé mes talons aiguilles rouges, et abandonné dans la chambre de l’hôtel les restes de mon divorce, un mois plus tôt. Une heure plus tard, je dormais entre des bras chauds, une liasse de billets posée sur la table de nuit d’un autre hôtel. Une fille le long du canal,jupe courte, talons aiguilles, agite ses bras.Elle dit bonjour à la vie.

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    HumanoïdePrimal

    – Certains prétendent que vous êtes HumanoïdePrimal ! A chaque conférence de presse, une nouvelle hypothèse, pressante d’espoir d’une révélation sur l’identité de mon protégé, surgissait. Comme à chaque fois, j’y répondis par : – Nous sommes tous HumanoïdePrimal. Suite à cette récurrente réponse, certains journalistes imaginaient que HumanoïdePrimal était un chanteur ou une chanteuse différent à chaque nouvel album. – C’est pourquoi HumanoïdePrimal apparaît masqué, commentait le journaliste du magazine anglais Mojo, inventeur de cette théorie.– Avouez qu’il n’existe tout simplement pas !– Qui était alors sur la scène dans les catacombes de Rome, l’été dernier ?, rétorquai-je.– Un hologramme ! Comme Kurt Cobain, Jim Morrison ou Ian Curtis ! Ainsi que les 20 autres…

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    Midori 2

    Elle est làAssiseSon bureau et quelques mètresNous séparent Mais, plus encore,Les récits que j’écoute depuis dix minutes Au son de ma langue maternelleJe redeviens moi Dans ce lugubre hallAu cœur de TokyoAssis devant Midori que j’aime depuis des nuitsMon moi resurgit de je ne sais où il était allé. Ce fut comme retrouver, en tournant le coin d’une rue, son meilleur ami d’enfance.Son contact m’échappa de cet obsessionnel amour むずかし .

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    Leçon

    Deux fois par semaine,Nous nous voyons,Tel un cinq à sept intellectuels. Je la désire,Mais ne lui dit pas. Je suis l’élève,Elle est le maître. À côté de moi,Ses ongles rouges trépignent sur le bureau noir. Sous ma lenteur,Ses cuisses rondes, asiatiques, se trémoussent d’impatience.Sur la chaise,Son corps s’agite. Parfois, elle approche.Son index se pose sur un mot, une phrase,Fugace. Il me semble qu’une envie, un fantasme, l’emporte alors vers moi,Mais lorsque je viens, elle recule. Tels deux aimants tournant sur eux-mêmes,Nous n’arrivons pas harmoniser nos pôles opposés. Dois-je ne plus bouger pour qu’enfin je puisse gouter sa chaleur ?

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    Disparitions

    Chapitre 1 : Disparition — Quoi ! Dans le cornet de cuivre, le flot des mots s’écoula comme un torrent à la fonte des neiges. L’employé hachait son rapport comme le boucher découpe une carcasse : précis, minutieux, sans fioriture. Lorsque le cornet rejoignit l’appareil téléphonique, l’inspecteur épongea la sueur qui émergeait de son large front ridé par 25 ans de service. Depuis le début de la semaine, c’était la 5ème disparition. L’affaire des vols de statues publiques augmentait chaque jour le tirage des éditions spéciales des journaux parisiens. Mais ce nouveau vol était plus exceptionnel. Il s’agissait du Zouave du pont de l’Alma ! Quel malfrat pouvait réaliser un tel exploit ? Un nom percuta l’intérieur…