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Énigme érotique

Il est assis à son bureau. Je hais cette vieille machine à écrire ! Elle le passionne plus que moi ! Alors, je me suis cachée sous le vieux meuble. Quelques minutes d’attente et le bruit de la porte m’annonçait son entrée. Il s’est installé. Devant mon visage, ses jambes se sont écartées. J’ai caressé les pans de son pantalon de velours. Leur douceur a augmenté mon manque et affermi ma décision. Délicatement, mes mains se sont posées sur ses cuisses. Au-dessus de ma tête, la frappe a continué ! Sèche ! Mécanique ! Ignorante !

— C’est ça, reste concentré ! Je vais te détacher de cette salope de Remington ! Tu vas me revenir ! ai-je murmuré.

Sans attendre, d’un geste brusque, j’ai ouvert sa braguette ! Un silence, tout aussi brusque, a suivi. Ma première victoire. 1 seconde. 2 secondes. 3 secondes. Tac. Tactac. Tactactac. Tactactactactactac… Comme si rien ne se passait !

Dans la pénombre de ma cachette, mes doigts ont immédiatement réagi. Ils ont écarté les lèvres de tissu. À la vue de la protubérance tant désirée, mes pupilles se sont dilatées. Cachée par le caleçon, l’obscurité la couvait tel un charbon dans le ventre de la terre. J’abaissais l’étoffe de coton. Tactactactactac… au-dessus de ma tête.

Comme un embrun marin, l’odeur de musc vint titiller mes vibrisses. Indice de mes doutes et inquiétudes enfantines, des gouttes de sueur ont perlé au sommet de mon front, tandis que là-haut, l’infernale machine maintenait la cadence. Du bout des extrémités, j’ai touché l’oblong membre. Dans un réflexe du fond des âges, je déglutis. Tous mes doigts voulurent connaître le petit animal. Tactactactactactac… Le son de la Remington s’accéléra comme le moteur d’une voiture qui embraie en troisième.

Sans attendre mon consentement, mes cinq phalanges encerclèrent l’organe. Sans défense, il se laissa prendre et emporter hors de son enceinte crénelée. Là-haut, sur la planche de chêne, la machine devint mitraillette. Tactactactactactactac…

Un sursaut d’éducation religieuse arrêta les flux de la convoitise, de la concupiscence. La fine pellicule d’interdit ne put se solidifier, se durcir. Comme la neige se perd dans l’eau d’une rivière, mes derniers tabous disparurent dans les torrents de mes pulsions. Un tsunami de manque me fit ouvrir la bouche. Le petit fripon dut entendre mon appel. Il émergea de son sommeil. Tel un enfant qui se réveille, il gesticula dans tous les sens et s’étira de son édredon de chair. Un tonnerre de frappes appuyées accompagna sa sortie. C’était comme les applaudissements du début d’un concert, quand la star se fait attendre et apparaît enfin sur la scène. Autant d’encouragements qui firent tendre ma nuque vers la petite chose.

Son visage rond était fendu d’un sourire de bienvenue. Du bout des lèvres, j’embrassai l’hôte. Il se grandit de joie. L’odeur de musc imbiba ma salive. Une imperceptible saveur coula sur mon palais et descendit dans ma gorge. Mes papilles jouirent d’un cocktail de myrtilles et d’ananas. Le besoin frétilla ma langue. Le timide en gonfla d’assurance. Le colosse se découvrit et émergea de son encolure.

Nos muqueuses firent connaissance, se plurent, s’excitèrent. Gourmande, je léchai le bulbe fendu. Sous mes saliveux lapements, il transpira. Je me délectai de ce nectar, de la gelée royale, la crème de la crème, la première pression. Mes papilles furent sublimées par le mariage de cardamone et de cannelle. Papaye arrosée de citron. La curiosité me poussa plus avant !

Le timide prit de l’assurance. Il bomba de confiance. Il s’affermit. Il durcit sa position. L’enfant devint homme ! Je voulus voir l’entièreté de ce colosse, de cette boule pourpre impériale posée sur un pied de chairs plissées. Je pris du recul : une colonne de marbre veinée, dilatée de sang ! Le crâne luisait d’un glacis de rosée sucrée. Lentement, je déshabillai cet Hercule, dur comme du plomb. Je descendis le reste de l’habit à col roulé. La fente sommitale s’était élargie. Elle haletait ! Là-haut, le métronome s’emballait, se déréglait. La folle cavalcade faisait des espaces, des sauts. Les tiges d’acier martelaient en désordre la feuille prisonnière. Elles semblaient me dire :

— Encore !

Dans ma paume, la branche, devenue tronc, était bouillante. Je partis à l’assaut de ce donjon de chair de plaisir. Pour libérer les prisonniers qu’il contenait, j’en gobai le sommet et le suçai goulûment. Dans ma bouche, droit et rigide, je l’encourageai de ma langue pour en faire sortir la liqueur qu’il contenait ! Nos muqueuses s’emmêlèrent, s’électrisèrent, se débauchèrent. Impatiente, j’eus envie de mordre dedans !

En un coup, le geyser explosa ! L’étroitesse de ma position et de ma cachette me fit avaler cette soudaine éruption qui gicla jusqu’au fond de ma gorge. La lave vivante eut un goût incomparable ! Insatiable, j’aspirai, suçai, gloutonne friande du jus, rapace de la substantifique moelle !

— L’appétit vient en mangeant ! pensais-je.

Mais l’homme redevint adolescent, puis enfant, pour finalement n’être plus qu’un nourrisson emmailloté dans sa couverture. Ma déglutition me fit prendre conscience du silence. Remington s’était définitivement tue ! J’avais gagné sur l’invincible machine à écrire.

— Victoire ! me retins-je de crier.

Dans son berceau velouté, je remis le petit diable endormi. Comme on descend le rideau après un spectacle, je le couvris de son intime couverture. Tel le pont-levis d’une forteresse, je relevai la braguette. Remington resta plantée dans son mutisme.

Mon homme tira sa chaise vers l’arrière. Le pantalon de velours noir disparut, absorbé par sa consœur : l’obscurité. Les pieds s’évanouirent dans l’absence d’électricité. Le bruit de la porte sonna la fin de la récré.

À quatre pattes, j’émergeai de ma tanière. Au passage, je déchirai mon bas nylon. Essoufflée, je mis ma coiffure en ordre et passai ma main sur ma jupe froissée. Au centre du bureau, ma rivale était vaincue. Je contemplai son corps amorphe. Ses bras d’acier étaient entremêlés, enchevêtrées, inextricables ! La feuille était crucifiée de lettres chaotiques. Autant de médailles plantées dans le drapeau blanc de sa défaite. Un rapide coup d’œil au miroir. Aux commissures de mes lèvres, mon mouchoir accueillit des souvenirs liquéfiés.

Au sortir de l’alcôve bureautique, je fis la connaissance de l’invité de mon mari. À mon grand embarras, il était aussi vêtu d’un pantalon de velours noir !

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