DEFI

Les Trésors de Satan

Abyssal. Vertigineux. Un pur bonheur aride ! Une libération équivalente à celle d’un condamné à perpète qu’on vient chercher avant le terme. C’est une grâce. Je suis en état de grâce, mais sans l’illumination. Finies les fulgurances qui me réveillent à quatre heures du matin, le corps en sueur, la main droite tremblante comme celle d’un drogué qui palpe sa dose avant de la sniffer tel un aspirateur de table avalant les restes d’un brunch dominical. Disparues aussi celles qui me saisissent la cervelle dans les moments les plus inopportuns (au W.-C., position Penseur de Rodin ; au lit, position… euh, ça je garde pour moi, question de ne pas mettre mon couple en péril). Terminé l’accouplement quotidien au PC portable, les yeux rougis par l’écran scintillant, la frappe toujours volontaire, malgré les heures épuisées en efforts statiques. Libre ! Enfin libre ! Enfin je vais faire ce que je veux quand je veux. La grasse mat’ à en confondre le jour et la nuit. Flâner à en épuiser mes jambes et les semelles de mes chaussures de marche rutilantes sous la poussière des années d’attente au fond de l’armoire. Fainéanter à ne plus savoir quel mois on est. Faire corps avec le divan à en oublier l’extérieur et ses agitations intempestives. Boire des coups au point d’être ivre au-delà de l’ivresse. Mais surtout, oui surtout, me lobotomiser des journées entières devant la télé, ce bouffeur des temps libres, des moments de partages et des instants à soi ! Mon rêve ! Enfin rentabiliser cet écran plat au prix inversement proportionnel à sa silhouette de mannequin anorexique. Enfin, je l’ai chopé ce mal dont tous me parlaient comme d’une malédiction et que secrètement j’appelais de tous mes vœux : le syndrome de la page blanche ! À mort la créativité ! Vive le consumering de masse ! Je ferme le laptop ! Je saisis la télécommande et appuie sur ON ! Je ne vous dis pas au revoir mais adieu ! Je suis en vacances d’écriture ! HEU-REUX !

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