Fantastique,  Fiction,  Philosophie,  Short stories

Ouverture

– « Passage interdit ».

– Mais La porte est entrebâillée… L’angoisse m’étreint. C’est comme l’eau d’acier des griffes d’un Loudeza !- « Passage interdit », rappelle la voix aérienne sortant de nulle part.
– Elle s’entrechoque sur les parois concaves de la caverne. « Passage interdit » d’une porte entrouverte ? Entrouverte par qui ? Le précédent fugitif ? Je ne suis pas la première à vouloir quitter la Cité Céleste ? D’autres ? Les Anciens nous récitent des contes, j’en étais sûre ! Mais qui sont ces prédécesseurs ?
– «  Passage Interdit ».
– La voix est celle de la Cité. Elle m’a guidée jusqu’il y a encore quelques mois, avant que je doute, que je réfléchisse. Quelques mois ont suffi pour faire de moi une radiée.
– «  Passage Interdit ».
– Ce froid, cette humidité, c’est mortel ! Peut-être y a-t-il une autre porte ?
– «  Passage interdit ».

La silhouette à peine âgée de 20 ans sonda la paroi granitique. Elle découvrit une dizaine de portes inscrites dans la roche pareilles à celles des Égyptiens de l’Antiquité.
– «  Passage interdit ».
– Fausse porte mais vrai passage ? Le livre de la libération parlait de ces portes peintes ou sculptées à même la pierre. Seule la conviction, ferme et dure comme cette pierre dont elle est constituée, en est la clef. Une foi sans la moindre aspérité permettrait de franchir la pierre et de quitter le monde souterrain.

Les ombres, les lumières artificielles, les horreurs, l’absence de vent, de ciel et de soleil ne posaient pas de problème pour la majorité des Liturizns. Mais à chaque génération, un petit nombre se sentait appelé par une voix intérieure. Ils finissaient bannis et oubliés. Rity était la dernière.

– 15 portes. 15 passages possibles. Et une est entrouverte.

– « Passage interdit ! » répéta l’affectueuse voix.

Rity se dirigea vers cette porte unique. Elle se glissa entre le haut battant d’acier et la roche, attirée comme un papillon par cette lumière bleu électrique qui palpitait. Elle se cogna dessus. La porte n’était entrouverte sur rien ! Juste un prolongement du mur existant. La jeune femme revint au centre de la caverne. Elle fit le tour des 15 portes gravées dans la roche.

– Mais par où suis-je entrée ?
– «  Passage interdit ».
– Je ne me rappelle plus…
– « Passage interdit »,
– « Passage interdit »,
– « Passage interdit ».
– La ferme !!!!

Un silence absorba le mot, puis les secondes, puis les minutes. Le temps tout entier sembla s’écrouler sur lui-même.

– Qu’est-ce que je fais ici ? Ha oui, je cherche le passage Azcourt, le chemin vers les Temps Anciens, le temps d’avant la colonisation souterraine. La lumière ! Je voudrais tellement savoir ce que c’est que la lumière ? C’est insensé ! Comment suis-je entrée ici ? Il n’y a aucune issue ! Je suis piégée !

La phrase se heurta aux aspérités des murs. La pénombre se transforma en sa sœur aînée : l’ombre. Les pupilles se dilatèrent davantage, gobant la moindre particule luminescente. L’ombre devint encre noire, visqueuse, dense, lugubre, brûlant les yeux de la jeune Rity recroquevillée au centre de l’espace confiné. Sans accroche visuelle, elle perdit tout repère : le temps, son corps, l’espace, ses souvenirs, sa quête de la lumière, tous fusionnèrent et l’emportèrent dans une léthargie cadavérique. L’humidité perla sur sa combinaison en Néoprène. Seul Bannyard connaissant le secret vers la liberté, l’air se volatilisa. Une silhouette devint masse cernée par une nuit claustrophobique. Dans les abysses de l’inconscience, une porte s’ouvrit. Le son d’une voix émergea.

– Tu es la clef. Tu es la clef. Tu es la clef.

Ultime souffle, Rity expira son nom. L’écho réverbéra son prénom. Lettre inversée, il signifiait : porte. Sous son action, les impénétrables cloisons se désagrégèrent en poussière. L’ancienne fuyarde revint à la prison et emplit ses poumons asphyxiés. La lumière éblouit les vierges paupières closes. Pour la première fois de leur existence nocturne, les pupilles se contractèrent. Les fenêtres de l’âme révélèrent un nouveau monde plein d’espoir pour Rity.

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