Drame

Solitude

La neige, virginales cendres soumises aux vents glaciaux, s’offre sans retenue à toutes et tous. C’est la danse d’un peuple désinvolte, dans un ballet sans maître, à la chorégraphie anarchique. Sous des lumières naturelles, par millions, leur costume de givre parsème mes vêtements. Poussières divines.

— Dieu fait son ménage, disait ma sainte mère.
— Il a des pellicules ! répondait mon père coiffeur.

Au rythme de mes rhumatismes, je me faufile entre ces cristallines dentelles. Sur ces perles à la nacre fondue, je laisse mes empreintes de bottes, copie terrienne de leurs sœurs lunaires. Marcher m’est devenu pénible, voire impossible. Bourrasque me matraque dans les reins, comme un SS soumettait un détenu d’un camp d’extermination. Vaine lutte. Pareil à une branche morte, brisée par le temps, je craque ! Sous le poids des flocons, mes cheveux se noient, se perdent. Une barbe à papa givrée pénètre dans ma bouche.
Je suis prisonnier d’une cellule sans barreaux, aux murs insondables et au plafond inaccessible.

Allongé sur un matelas infini, la lave glacée me recouvre tel un drap humide. Le sommeil fatigue mes membres. Dernières traces de vie, des rêves m’enlèvent, puis m’abandonnent. Je reviens alors ici, sous cette éruption d’étoiles blanches. Merveilleux spectacle pour mes yeux aveugles. Le silence brûle mes tympans. Ils cherchent un bruit auquel s’agripper.

Tombant du ciel, des myriades de piqûres enflamment mon visage. Dans ses rides, les diaphanes abeilles y font leur foyer. Ma tête est une fournaise. Mon corps un abattoir.

Pour mon quatre-vingt-unième été, l’hiver germe en moi.

Dans un Sahara hivernal, entre des dunes d’albâtre, à l’ombre du soleil levant, le volcan d’un dernier souffle humain s’éteignit.

Connectons-nous

237 commentaires