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Virtuel.le

Virtuel.le. Je ne pensais jamais avoir la nécessité de leurs services. Mais il me faut voir la réalité : je suis amoureux. C’est mon psy qui l’a diagnostiqué. Elle a été parfaite. Professionnelle. Elle me l’a annoncé avec ménagement. Pas comme dans ces consultations de masse, où l’expert enfile patient sur patient perdant tout humanité. Installé dans son cabinet, assis dans le large canapé en cuir véritable, une tasse de médiane à la main, elle m’a fait prendre conscience de mon état.

– Ne vous désespérez pas Marc. Vous en êtes au début. C’est très bien que vous ayez consulté si tôt. La plupart de ma clientèle arrive dans un état plus avancé. C’est très bon. Nous vaincrons cette maladie avec plus d’efficacité. L’antidote nous le connaissons : Virtuel.le.

Son allégresse m’a redonné courage et confiance. C’est un long chemin, je le sais, mais avec son soutien, celui de mes proches et de mes collègues, je sais que je vais m’en sortir. D’autres ont réussi, alors pourquoi pas moi ! Le soir même, je me suis inscrit. A chaque crise, je saisissais mon téléphone et exprimais ma rage amoureuse. Parfois oralement. Parfois par des dessins. Souvent par l’écrit. Au pic de ma maladie, les échanges épistolaires étaient quotidiens ! Plusieurs mails par jour évacuaient mon manque de l’être aimé. Dans l’espace virtuel, sans plus aucune retenue, mes délits les plus fou ont pu s’exprimer. Nous ne sommes plus au temps des IAM : Institutions D’Aide Médicale. A cette époque, cette tare était soignée par électrochoc et médicaments ! Les choses ont heureusement évoluées. La réalité compensée a remplacé les camisoles chimiques. Les séances de libres échanges ont ouvert la voie à l’extériorisation des pulsions refrénées par les électrochocs. Puis, la réalité virtuelle a fusionné les deux disciplines. Aujourd’hui, tout se passe à la maison. Grâce au casque en 4 D, je peux interagir avec le personnel médical, participer aux groupes d’échanges, sans quitter mon cocon. Cette nouvelle méthode a aussi apporté son amélioration : la matérialisation des fantasmes ! Grâce aux images virtuelles, chaque patient peut dialoguer avec son sujet d’amour. Mieux : en quelques séances, nous pouvons vivre avec cette copie tous ce que nous voudrions vivre avec la véritable personne. Cela a un prix et n’est pas encore accessible à tout le monde, mais son efficacité est prouvée. Les pulsions se libèrent. Le lâcher prise est total ! Ainsi, j’ai pu évacuer tout mon désir physique pour l’autre. Mes rêves érotiques, mes fantasmes débridés, ma folie émotionnelle ! TOUT !!!

Une fois par semaine, nous faisions le bilan avec le coach. Il me donnait quelques pistes de recherche, quelques conseils, mais surtout une écoute. Grâce à lui et à ma psy, je peux dire que je m’en suis sorti. Les dégâts ont été moindre par rapport à d’autres qui perdent leurs amis, leur famille, obsédés par cet autre. Les cas les plus graves sont ceux qui y perdent leur travail et même leur santé !

– C’est le manque de l’être aimé qui est la cause de tous ces dérèglements. Certains se suicident. Mais ce sont des cas rares, m’a avoué, en fin de cure, mon Soutien Émotionnel.

En séance de recherche, j’ai découvert tant de choses que j’ignorais. À une époque pas si lointaine, l’amour était vécu positivement ! Oui, positivement ! Incroyable ! Les gens vivaient pleinement leurs débordements physiques et sentimentaux. Pire ! C’était même le but de l’existence. « Être amoureux donne un sens à ma vie » ai-je lu sur un site historique. L’amour était classifié : passion, tendre, familial, amical, platonique, etc. Suivant les psychologues de l’époque, le besoin de l’autre était « naturel ». Des sites existaient pour provoquer l’inacceptable. Il y avait une pléthore de pseudo-sciences. La sexologie est celle qui m’a le plus choqué. A la lecture d’un seul article, j’étais horrifié. Cela m’a fait comme un électrochoc et renforcer ma volonté de m’en sortir.

Je sais qu’une rechute est possible. Personne n’est à l’abri. Mais je suis sur mes gardes et je sais que si cela arrivait, je réussirais.

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